Prune Nourry – Défense de rien toucher

Le Palais idéal du facteur Cheval, à partir du 31 mai 2026 et pendant tout l’été, s’offre à Prune Nourry pour une exposition, qui sous l’intitulé Défense de rien toucher, souhaite inviter les nombreux visiteurs – enfants, adultes, publics voyants ou déficients visuels – du célèbre monument à expérimenter leurs sens, et notamment le toucher.

Au fronton de son œuvre, dès 1905, Ferdinand Cheval inscrit cette formule aussi énigmatique que poétique : « Défense de rien toucher ». Une invitation paradoxale, oscillant entre interdiction et permission, à laquelle Prune Nourry répond aujourd’hui par une proposition résolument généreuse : une exposition entièrement pensée pour être touchée. L’artiste transforme ainsi le Palais idéal en un vaste terrain d’expérience sensorielle. Ici, le regard ne suffit plus ; il s’efface au profit du contact, du ressenti, de la mémoire des formes saisies par la paume.

Ce parti pris trouve une résonance profonde avec le geste fondateur de Ferdinand Cheval. Facteur rural devenu bâtisseur autodidacte, formé initialement comme boulanger, il a littéralement « pétri » son Palais. Partout, la trace de la main affleure : dans les reliefs, les aspérités, les accumulations patientes de matière. En invitant à toucher ses propres œuvres, Prune Nourry rend hommage à cette dimension tactile et organique du Palais idéal.

Le parcours s’ouvre avec un timbre en relief, conçu par Prune Nourry en partenariat avec La Poste et réalisé en collaboration avec des personnes aveugles et malvoyantes. L’exposition se déploie ensuite avec les Terracotta Daughters ou les Holy Daughters, qui y côtoient d’autres figures féminines, dessinant une cartographie sensible du corps et de l’identité à travers le temps et les géographies. À l’extérieur des espaces d’exposition, six Vénus en bronze avec peau de terre sont installées en dialogue avec le Palais. Posées sur des socles rappelant la technique locale du pisé, elles sont inspirées des Vénus paléolithiques de la période gravettienne (entre 30 000 et 20 000 ans avant notre ère) et se tiennent droites comme les gardiens du Palais.