Du 7 février au 17 mai 2026, la Fondation du doute à Blois ouvre sa saison avec une exposition consacrée à l’artiste Babi Badalov, figure majeure de la poésie visuelle contemporaine, sous le commissariat de Julie Crenn.
MAKE RIOT NOT WAR réunit peintures sur tissu, collages, carnets dessinés et documents assemblés, déployant un langage plastique et textuel où les mots sont détournés, fragmentés, hybridés et réinventés. À travers une pratique radicale et profondément poétique, Babi Badalov fabrique de nouveaux idiomes visuels nés de la confusion linguistique, transformée ici en moteur créatif et politique. L’exposition inscrit son œuvre dans une filiation revendiquée avec la communauté internationale Fluxus, tout en prolongeant les héritages du mouvement Dada et des contre-cultures underground.
Né en 1959 à Lerik (République d’Azerbaïdjan) et vivant aujourd’hui à Paris, Babi Badalov explore depuis plusieurs décennies les limites et les défaillances du langage. Son travail interroge la manière dont les langues, censées relier les individus, peuvent aussi devenir des outils d’exclusion et de domination. Par un jeu constant sur les glissements sémantiques, les erreurs, les accents et les malentendus, l’artiste met en lumière les fractures géopolitiques contemporaines, faisant écho à ses propres expériences de migration, d’exil et de déplacement.
Si son écriture visuelle peut sembler faussement absurde, elle révèle une pensée sans compromis sur des enjeux cruciaux : droits humains, systèmes de pouvoir, liberté d’expression, identités et récits minorés. Avec une économie de moyens volontairement brute — tissus trouvés, gestes directs, mots peints ou collés — Babi Badalov pense le commun en reliant géographie, langues, cultures, histoires personnelles et mémoire collective. Make Riot not War affirme ainsi la révolte comme nécessité vitale, préférée à la violence, et le langage comme un espace de lutte, de résistance et de poésie.