Shunga – Chefs-d’œuvre de l’art érotique à l’époque Edo (1603-1868)

Pour son exposition de l’automne-hiver 2026, la Maison de la culture du Japon à Paris met à l’honneur les shunga, ces estampes et peintures érotiques japonaises longtemps marginalisées avant d’être reconnues comme un pan majeur du patrimoine artistique du Japon. Réunissant un grand nombre de chefs-d’œuvre du genre, et notamment ceux d’Utamaro et de Hokusai, la MCJP ambitionne de créer l’événement en consacrant pour la première fois une exposition entièrement dédiée à ces shunga – ou « images de printemps ».

Longtemps dédaignés en France et parfois considérés comme obscènes, les shunga, estampes et peintures érotiques japonaises, connaissent aujourd’hui une véritable revalorisation au Japon comme à l’international. L’exposition retrace l’évolution de cet art durant l’époque Edo (1603-1868), une période marquée par l’essor d’une culture urbaine malgré le relatif isolement du Japon. Si les peintures érotiques existaient déjà à l’époque Heian et étaient réservées à l’aristocratie, le développement de la gravure sur bois au XVIIᵉ siècle permit leur diffusion auprès d’un public beaucoup plus large. L’apparition des estampes polychromes (nishiki-e) en 1765 inaugura l’âge d’or des shunga.

Les shunga remplissaient de nombreuses fonctions : ils pouvaient servir de support d’éducation sexuelle aux jeunes mariés, éveiller le désir, divertir grâce à un humour omniprésent ou encore célébrer l’épanouissement amoureux. Appréciés par des hommes et des femmes de toutes les classes sociales, ils représentaient d’abord les quartiers des plaisirs comme Yoshiwara, avant de privilégier des scènes d’intimité entre couples mariés ou amants. Les artistes enrichirent progressivement ce répertoire en introduisant des références à la littérature, des symboles végétaux à connotation érotique, ainsi que des scènes imaginaires mêlant humains, étrangers, yōkai ou spectres.

L’histoire des shunga est également celle de la censure, mise en place dès 1722 et plus ou moins stricte selon les périodes. Les artistes et éditeurs contournèrent ces restrictions en utilisant notamment des pseudonymes, transformant les contraintes en source de créativité et donnant naissance à de véritables chefs-d’œuvre. En présentant ces œuvres longtemps restées confidentielles, l’exposition offre une occasion rare de découvrir un pan essentiel de l’art japonais tout en éclairant les mœurs, les pratiques sociales et l’imaginaire de la société de l’époque Edo.